Etat de la culture à Bayonne (et accessoirement de la presse) – Lustre, immobilisme et amnésie
Il y a des interviews qui méritent d’être transférées au Panthéon journalistique local ! Celle de Jean-René Etchegaray, premier adjoint à la culture de la Ville de Bayonne, par la Semaine du Pays Basque appartient désormais au patrimoine video de la ville.
La Semaine du Pays Basque s’exerce depuis un certain temps à l’art videographique avec une certaine audace : un générique sur fond de musique western série B, enchaînant un diaporama de photos orangées en zoom-dézoom de l’interviewé et une prise de son altermondialiste qui éprouvent véritablement la sensibilité artistique du téléspectateur…
L’invité de la semaine du 15 janvier 2010 était donc le premier adjoint à la culture de la ville de Bayonne, un acteur très attendu par toutes celles et tous ceux qui rêvent encore que la culture (au sens non rugbystique du terme) soit remise au centre de la politique bayonnaise et sont encore convalescents des propos culturels tenus par le maire et son adjointe au développement durable, tragiquement rapportés ici…
La question du journaliste est digne d’une oraison dédiée à la civilisation Baranne, du temps où l’Empire du cirage lustrant régnait en maître sur le peuple des Savates :
- Vous êtes, on pourrait le dire, à l’origine d’une véritable révolution culturelle à Bayonne depuis que vous avez pris en charge ce secteur… Alors, ça se voit même vestimentairement vous concernant… on a l’impression que l’image un peu raide de Maître Etchegaray, puisque vous avez été bâtonnier et que vous êtes un grand avocat, a été mise un petit peu de côté, et si vous me permettez cette expression un peu triviale, on a véritablement l’impression que vous vous éclatez… depuis que vous êtes en charge de la politique culturelle de la ville de Bayonne…
{A voir / écouter absolument ! Tout y est : l’accent barannesque, le ton polissant, les extases satinées, la souffrance moirée au moment de la révélation sémantique de la trivialité => la bouche qui s’ouvre à l’instant du dévoilement : http://www.dailymotion.com/video/xbv97c_metchegaray_news
=> la question « Culture » commence à 2’19” (ne vous basez pas sur le bruit du scooter en arrière plan, c’est une virgule artistique, et n’hésitez donc pas à monter le son) }
Réponse de Jean-René Etchegaray, « éclaté » par tant de lustre (retranscription écrite mot pour mot) :
- Alors… C’est vrai que la politique culturelle de la ville me passionne.
J’avais demandé à Jean Grenet de changer de délégation après 13 ans passés à la délégation de l’urbanisme. Je pensais qu’il était temps de changer de délégation. Et la culture m’intéressait…
Le maire, Jean Grenet, a accepté cette proposition et je regrette pas. Je regrette pas parce que, d’une part, je ne pense pas qu’on puisse parler de révolution, en revanche, je peux vous assurer qu’on peut, à Bayonne, faire des choses exceptionnelles en matière culturelle et ça ne dépend pas de l’adjoint à la culture.
Tout ça tient au fait que nous sommes dans une ville où le métissage des cultures est tel que tout ceci produit des énergies et il ne suffit à l’adjoint que de mettre en synergie toutes ces bonnes volontés, toutes ces énergies, pour aboutir à un bon résultat.
Autrement dit, lorsque vous vivez dans une ville où il y a trois musées, c’est le cas, un Musée des Beaux Arts, le Musée Bonnat, un Musée ethnographique, le Musée Basque (*) de la tradition bayonnaise, un Musée qui est le Muséum d’Histoire Naturelle (*), lorsque vous avez sur une ville comme Bayonne trois compagnies théâtrales, telles que la Compagnie des Lézards qui Bougent, le Théâtre des Chimères(*), le Théâtre du Versant (*), que vous avez un café-théâtre, que vous avez un cinéma d’Art & d’Essai, l’Atalante, et j’en passe…
Et bien, certes il s’agit là soit d’équipements publics, soit d’initiatives associatives donc du secteur privé, mais que nous aidons, nous Ville de Bayonne, vous vous rendez compte qu’il faudrait véritablement être insensible pour ne pas avoir envie d’aller à la rencontre de toutes ces énergies, de toutes ces associations, pour ensuite créer, ce qui peut-être n’est pas toujours perceptible dans cette ville, une véritable politique culturelle.
Voilà pour la réponse du premier adjoint à la culture en guise de bilan/programme.
(*) Le journaliste ne relèvera pas que :
- le Théâtre du Versant siège à Biarritz depuis 1995 !
- Le Théâtre des Chimères l’a rejoint il y a peu faute de soutien de la municipalité bayonnaise !
- Le Muséum d’Histoire Naturelle est fermé au public depuis plus de 30 ans !
- Le Musée Basque n’est plus géré par la ville depuis 2007, transféré à un syndicat mixte !
Il en aura d’ailleurs terminé avec la culture et interrogera l’édile (dans les autres videos) sur le Syndicat des eaux, le SCOT et le réforme territoriale, l’Aviron Bayonnais Rugby et son éventuelle candidature aux prochaines élections cantonales… Mieux vaut se concentrer sur des sujets plus sérieux et moins embarrassants.
On a le souffle coupé…
A l’attention de la Semaine du Pays Basque, voici un petit tableau à deux colonnes, simple et récapitulatif, pour guider ses futures interviews concernant la « révolution culturelle » bayonnaise :

… et « j’en passe », comme dit l’adjoint au maire.
Conséquence directe, devrait-on dire dégâts collatéraux :
Je pleure en lisant le papier qui suit et j’ai envie de leur demander des comptes à Jean et Jean-René, tellement je suis ciel et blanc, tellement je vire au rouge-orangé vif, tellement c’est lamentable, tellement je voudrais voter demain pour hurler ma colère, tellement ils n’assurent plus un caramel, tellement ils devraient quitter cette mairie, rentrer chez eux et se cacher.
=> Lire ici : Le Pays Basque nord s’engage avec force dans Biarritz Jazz Festival


