HOME Archive random post mobile mail rss

Une ville charmante mais un peu hasbeen avec, à sa tête, un cumulard qui vit toujours sous la quatrième République...

+

Les limites d’une « opération Fouquet’s » à Jean Dauger

 

A Bayonne, les spéculations, fuites ou questionnements ne cessent depuis
l’annonce de l’arrivée de Bernard Laporte à la table des actionnaires de la SASP Aviron Bayonnais Rugby Pro, le 4 décembre dernier. C’est nul doute une difficile opération de communication pour le Club, ses sponsors et la mairie qui doivent maintenant gérer un calendrier précis d’annonces sur le futur projet à mettre en oeuvre, de démentis à paraître et de rumeurs à taire, tant l’image sulfureuse de l’ancien sélectionneur de l’Equipe de France, ex-Secrétaire d’Etat et businessman, va désormais coller à celle des bayonnais. Ces derniers - et leurs voisins - peuvent aussi s’interroger sur le contenu du projet et le parti pris d’aménager un stade de 25 000 places pour le seul Aviron Bayonnais. Et si, pour une fois, on leur demandait leur avis ? Et si, enfin, la communauté du rugby basque se mettait à table ?

Première rumeur exposée dans Midol puis reprise par le10sports : l’arrivée de Jacques Delmas comme entraîneur en 2011. Fuite ou rumeur ? Au siège de l’AB, on s’est étranglé. Si l’info était exacte, elle serait évidemment très nocive pour le staff et les joueurs qui ont encore une moitié de championnat à jouer, même si le maintien est, cette saison, d’ores et déjà assuré. Plus embêtant, ce genre de déclarations peut inspirer les avocats des partants en cas de difficulté dans les négociations d’indemnités de rupture. L’AB a décidément du mal à rompre en bons termes avec son encadrement. D’affaires en affaires, le « juridique » représenterait un poste de dépenses de moins en moins négligeable dans la comptabilité du Club.
Interrogé par Eitb, le 10sports concédait qu’il publierait le démenti officiel de l’AB mais maintenait fermement son information… Dans l’Equipe, Laporte coupait court quelques jours plus tard : «Jacques Delmas est bien mon ami, mais il ne viendra pas entraîner Bayonne. C’est n’importe quoi, c’est faux.»

Autre spéculation, plus lourde à gérer, la rémunération de Bernard Laporte pour ses nouveaux services bayonnais. Le Président de l’AB, Francis Salagoïty et le Maire, Jean Grenet, l’ont martelé sur toutes les antennes : « Bernard Laporte est bénévole », que ce soit clair ! Pourtant, aux comptoirs des meilleurs zincs labourdins, on évoque avec persistance un gros chèque d’Afflelou, hors du circuit comptable de la SASP. Qu’en penser ? Après tout ce barzouf sur le bénévolat du nouvel administrateur, auquel colle plus une image de mercenaire que de bienfaiteur désintéressé, cette révélation ferait exploser le chaudron de Jean Dauger, qui ne pardonnerait guère un écart si peu conforme aux « valeurs » bayonnaises.

Dans cette affaire de grand stade, le maire de Bayonne a pris des risques qui semblent démesurés. Pour la première fois depuis très longtemps, des « historiques » de l’Aviron critiquent ouvertement une succession de décisions hâtives et prises sans concertation. Cet engagement scellerait nécessairement un point de non retour, économique, sportif mais aussi… politique.

Pour les plus hostiles au projet, Grenet serait sous mauvaise influence. Lui qui n’a jamais connu autre chose que le curseur du rugby amateur et de l’Aviron pour toute assise politique aurait commis, là, l’irréparable. D’autant que Bernard Laporte, qui ne maîtrise pas tous les rapides de la Nive, a mis les pieds dans le plat, désavouant les garanties formulées par le maire : « aujourd’hui, dans le monde professionnel, avoir un stade municipal, c’est illogique ». Ou encore : « ils avaient déjà ce projet clé en main » (lire ici : l’Equipe, video et papier).
Bilan : une fronde est née contre « ce projet de quelques uns au profit de quelques autres ». « Stop à la Fouquettisation du rugby basque », hurlent les plus virulents.

Dernière réaction en date, et non des moindres, celle du Président de la FFR, Pierre Camou, rapporté dans Sud Ouest du 19 décembre, qui exhorte à une « révolution culturelle ». Le toujours très influent vice-président du Comité Côte Basque-Landes de rugby s’est vivement emporté contre le programme bayonnais et a appelé à « avoir le courage de se mettre autour d’une table » . Même son de cloche du côté de Serge Blanco : « s’il faut le dire clairement, ça ne participe en rien à ma vision. Je suis plus dans une vision communautaire que dans des visions restrictives. »  NDLR : Biarritz, aussi, en son temps, formula un programme privé de stade, finalement abandonné.

Double camouflet politique, donc, pour le maire de Bayonne, également Président de la CABAB, à qui l’on vient maintenant donner des leçons d’esprit communautaire, trois jours seulement après le départ fracassant de son opposition du Conseil municipal de Bayonne pour déni de démocratie (lire les explications ici).
Sauf que cette fois, les désaccords et dissentiments viennent de plus loin, de plus haut, retentissent plus fort et que Grenet, en offrant un trousseau de clés municipales au sulfureux Bernard Laporte, a peut-être servi la passe de trop.

Cette levée de boucliers révèle en réalité d’autres faiblesses majeures : en communiquant façon « coup d’éclat » sur la venue de Bernard Laporte, ses promoteurs ont rajouté de l’opacité à un dossier qui aurait nécessité clarté et transparence. Du coup, c’est encore le management controversé du Club qui se trouve altéré. On ne sait plus vraiment qui fait quoi, ni quels objectifs concrets sous-tendent le projet de stade ? Combien coûtera cette arène ? Quel est le modèle économique ? Quel mode de financement est prévu ? Quelles contributions financières des collectivités sont envisagées ? Laporte évoquait un programme « clé en main » ; celui du maire présenté discrètement aux conseillers municipaux bayonnais en avril 2009 ou un projet remanié ? Est-il sérieux de continuer à ne percevoir l’essor du rugby qu’à travers sa petite lorgnette municipale ?

Pas un mot non plus sur le volet – capital - de la formation. Est-il raisonnable aujourd’hui de souhaiter conforter le rugby basque sans aborder cet aspect essentiel de son développement autour duquel tout un « pays » pourrait se mobiliser et construire un avenir partagé ?

En ignorant le futur du rugby Pro, ses nécessaires transformations évoquées par le Président Camou et en persistant dans le déni de réalité, le risque sera plus grand encore de provoquer son effondrement.
Il y a place pour un projet communautaire respectueux des identités de chaque club et des finances locales, ambitieux sportivement et fédérateur pour le territoire.
Il est temps de se ressaisir.
Il y a urgence à se mettre à table.

 
Comments (View)
blog comments powered by Disqus