Où va l’Aviron Bayonnais ?
« Un chef, un projet, une identité ». Tels sont selon Jean-Pierre Elissalde, ancien manager de l’Aviron Bayonnais dont le sens de la formule est souvent remarquable, les trois fondements de la réussite d’un club sportif professionnel.
L’Aviron Bayonnais n’a aujourd’hui ni chef ni projet, et son identité est menacée. En fait , il y a tellement de « chefs » qu’on se demande qui commande : le Président, Francis Salagoïty, le sponsor principal, Alain Afflelou, le Maire de Bayonne, Jean Grenet, le nouveau « membre du conseil d’administration », Bernard Laporte… ? Sûrement pas Christian Gajan dont le titre de Directeur Général du rugby dit mal la marginalisation progressive. En fait, ce dernier vit ce qu’ont vécu ses prédécesseurs, managers ou entraîneurs : l’intrusion permanente dans le domaine sportif de personnes qui normalement devraient s’en tenir éloignées et s’occuper exclusivement de la politique générale du club (finances, infrastructures, politique de formation, lobbying auprès des instances nationales,…). Il est clair que l’arrivée de Bernard Laporte n’a fait qu’aggraver la confusion dans le management du club, parce que ni la place qu’il occupe effectivement au sein de l’organigramme ni le rôle ne sont clairement définis : chargé du recrutement, consultant technique, maître d’ouvrage du futur ( ? ) stade, relations publiques ? Au moins aurait-il pu s’atteler à la définition d’un projet à moyen terme pour le club (quel projet de jeu, quel recrutement au service de ce projet, quelle politique de formation, quel budget, etc… ?), sa compétence et son expérience devraient le lui permettre.
Au lieu de ça, il est proposé aux supporters, d’un côté un vague projet à long terme qui fait l’impasse sur le moyen terme (les trois prochaines années), basé sur un fumeux et finalement assez peu réaliste projet de nouveau stade, et d’un autre côté un projet à très court terme basé sur le recrutement de stars vieillissantes venues compléter le camp de vacances de préretraités en cours de constitution.
L’identité bayonnaise est forte, remarquable, respectée dans toute « la France du rugby » : festive, passionnée, joyeuse et …basque. L’expression de « jeu à la bayonnaise », depuis un siècle, a un sens qui va au-delà de la nostalgie. Il se caractérise par la loyauté, la vaillance, la force (de ses avants, tout le monde en connaît les exemples), l’élégance et l’allégresse de son jeu de trois-quarts (idem), tout à fait compatibles avec le rugby d’aujourd’hui. Est-ce qu’un recrutement « à la toulonnaise » convient à cette identité ? Qui évoque un plan de formation à long terme, fondé sur la richesse et la réussite du club au niveau des équipes de jeunes, ainsi que cela se pratique dans les grands clubs professionnels (du Barça à Arsenal) ou dans les pays qui dominent le rugby mondial (Nouvelle-Zélande, Australie et Afrique du Sud) ? A-t-on entendu Bernard Laporte exprimer quelque volonté de s’appuyer sur cette identité locale ?
Au fond, tout ce qui se passe au sein ou autour de l’Aviron semble inspiré par l’idée selon laquelle il suffirait, comme dans les affaires, d’y mettre le prix pour acquérir la gloire et les titres sportifs. Mais les supporters savent que ce prix est bien plus élevé (cf le Racing ou Toulon) et ce qui va se passer en cas d’échec. Car dans le sport de haut niveau, il n’y a pas loin du Capitole à la Roche Tarpéienne, sauf pour le Stade Toulousain, bien sûr.
- Tribune libre par Darbout -

